Lettre ouverte à Zeid Ra’ad Al Hussein, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme

Publié le Mis à jour le

Marine 29072016 France 2

Par Marine Le Pen le 09/09/2016

Monsieur le Haut-Commissaire,

Je tenais à vous remercier de la lettre ouverte que vous avez cru devoir diffuser à un certain nombre de médias européens. Je ne peux que me réjouir de cette initiative. Comment mieux souligner en effet la pertinence de la cause que vous entendez contrarier, mais contre laquelle vous ne pouvez aligner que des poncifs aussi éculés qu’inexacts ?

Je m’en voudrais de ne pas vous répondre puisque vous avez cru bon de me nommer expressément au milieu d’éminentes personnalités politiques, mondialement connues, que, pour ma part, je respecte, ne serait-ce que parce que, contrairement à vous, elles sont démocratiquement élues.

A cette occasion, je voudrais vous rappeler que l’injure, même inspirée par des pensées que vous voudriez louables, témoigne d’une discourtoisie fort peu civile et d’un manque de respect qui va à l’encontre des incantations morales que vous vous plaisez à accumuler.

Vous observerez que dans les pays démocratiques, la légitimité vient uniquement de l’élection et qu’il n’est pas dans les usages de considérer des élus du peuple comme des « fantaisistes ». Ce qualificatif, parfaitement inapproprié, témoigne d’une perception étrange de la vie politique. Faites attention : en critiquant avec autant de virulence le choix du peuple, c’est le principe même de la démocratie que vous semblez remettre en cause. N’avez-vous donc aucune confiance dans la capacité des électeurs à choisir leurs représentants ?

Vous me permettrez simplement de vous renvoyer à la Déclaration universelle des droits de l’homme : vous vous en prétendez le défenseur urbi et orbi par la vertu d’une nomination respectable, mais très loin de l’onction du suffrage universel. Il est donc très étonnant de vous voir accuser tout un groupe de personnes du délit de « racisme », par un amalgame anti-juridique au possible, sans qu’elles n’aient été ni condamnées, ni jugées, ni même pour certaines seulement poursuivies de ce fait. Il apparaît que vous méconnaissez les principes de base du droit. Voilà une attitude inquiétante, surtout pour un diplomate ; elle l’est encore davantage lorsque celui-ci se pique de mettre en place des juridictions répressives à l’échelon international.

Qu’il me soit permis de signaler, sur le sujet du racisme, que je ne me soucie aucunement de la couleur de peau des individus. Ce qui m’intéresse, ce sont leurs idées et, pour ceux qui sont ou aspirent à être français, leur attachement à la France. Les doctrines auxquelles vous imaginez que je souscris me répugnent autant qu’à vous. Sans doute même plus : contrairement à vous, je refuse de laisser définir qui que ce soit par la pigmentation de sa peau.

Votre lettre est le reflet d’un paradoxe aussi fascinant que fréquent chez l’hypere mondiale à laquelle vous vous glorifiez d’appartenir, cette caste qui méprise les peuples et donc les hommes, leur diversité, leurs richesses spécifiques. Alors que vous ne cessez de proclamer votre amour pour la démocratie et l’humanisme, votre courrier révèle un insupportable mépris pour les gens. Vous aimez l’humanité, mais pas les hommes, la démocratie, mais pas les électeurs. Et vous ne comprenez pas ceux qui refusent d’être les victimes consentantes d’un système qui les broie. Ce sont des personnes, souvent modestes, qui ne sont pas nées avec une cuillère en argent dans la bouche, mais qui ont le courage de se lever. Elles sont toujours dignes de respect, y compris de la part des privilégiés qui portent la morale en bandoulière.

Vous semblez appeler de vos vœux une société uniformisée, aussi grise que vos costumes, aussi pauvre que vos raisonnements binaires, aussi désespérante que les résultats concrets de votre coûteuse organisation. Nous lui opposons la richesse d’un monde heureux, de sa diversité, du respect de tous les peuples et donc des nations, un grand projet collectif au service de la liberté et de l’égalité des hommes.

La haine que vous croyez pouvoir déceler chez nous n’est que le reflet des fantasmes qui sont apparemment les vôtres.

A vouloir ignorer les nations telles que l’histoire et les hommes les ont patiemment construites, vous préparez un monde de conflits ; à vouloir nier la diversité culturelle en pensant fondre tous les peuples dans le même moule, vous ne récolterez que des leçons d’humilité.

Sachez qu’il n’y a chez nous ni nostalgie, ni ressentiment à l’égard de quiconque, mais le simple désir, exprimé démocratiquement, sereinement et pacifiquement, de protéger et de faire rayonner notre culture, notre mode de vie et notre pays. Nous défendons le droit des peuples à déterminer leur destin et, tout simplement, à continuer d’exister. La simple tolérance devrait vous conduire à admettre la légitimité de cette cause

Le plus grave dans vos propos, c’est la comparaison avec l’Etat islamique qui relève pour nous, peuples directement victimes de la barbarie terroriste, d’un relativisme dangereux et moralement insupportable. Parce que je n’ai pas envie de minimiser le moins du monde cette entreprise criminelle, je me garderai de tout parallèle. Vous remarquerez simplement avec moi que les visions universalistes trop sûres d’elles-mêmes qui aspirent à créer un homme nouveau ouvrent souvent la voie aux pires atrocités ; même apparemment pacifiques, elles tournent toujours au totalitarisme. Leur incapacité à voir l’homme tel qu’il est et à en accepter la réalité les conduit le plus souvent à réprimer toute opinion contradictoire. Votre agression épistolaire, gratuite, infondée et vaine, en est une illustration. Et c’est la même logique qui vous amène à vouloir criminaliser le blasphème, ce que pour ma part je combats énergiquement : la tolérance dont vous vous érigez garant ne concerne manifestement que les gens qui pensent comme vous et se gardent de toute opinion quelque peu critique. Je crains que votre titre de Haut-Commissaire ne soit devenu dans votre esprit un titre de haut-commissaire politique.

Je vous prie de bien vouloir agréer, Monsieur le Haut-Commissaire, l’assurance de la considération que je vous dois.

Carnet d’Espérances

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